Entretien avec Eva-Almeida Bernard, Gériatre et Médecin-Directeur du Centre de Prévention Bien-Vieillir Agirc-Arrco Auvergne - Rhône-Alpes © Getty Images

Entretien avec Eva-Almeida Bernard

28 mars 2019

Gériatre et directeur du centre de prévention Bien Vieillir Agirc-Arrco Auvergne - Rhône-Alpes, Eva Almeida-Bernard nous parle du bilan prévention santé Agirc-Arrco réalisé pour les aidants.

Ce bilan prévention santé personnalisé est réalisé par une équipe pluridisciplinaire et aborde à la fois les aspects médicaux, psychologiques et sociaux.

Dans quel état d’esprit sont les personnes qui viennent réaliser ce bilan ? Que viennent-elles y chercher ?

Les aidants sont le plus souvent des conjoints, parfois des enfants, qui accompagnent un proche. Ils viennent effectuer le bilan ensemble afin d'obtenir des solutions pour améliorer leur qualité de vie au quotidien. En effet, la personne accompagnée est souvent déjà suivie dans un parcours de médecine habituel. Le « couple aidant-aidé » vient alors chercher un soutien personnalisé de « leur » santé pour retrouver un équilibre de vie bien souvent bousculé par la maladie. L’enjeu, pour l’aidant, est de ne pas, à son tour, tomber malade du fait de son mode de vie rythmé par le stress, la fatigue et la réduction des activités habituelles. La maladie de l’autre pouvant occuper une place importante, l’aidant néglige bien souvent ses propres suivis médicaux, réduit son lien social et ses activités physiques et de loisirs. Peuvent alors survenir du stress et divers troubles. 


Concrètement comment se passe le bilan ? Y a-t-il des étapes ?

Le parcours de prévention santé proposé dans les centres de prévention Bien Vieillir Agirc-Arrco débute donc par un bilan de santé sur rendez-vous dans leur centre de prévention le plus proche. Ce bilan de 2 heures environ fait le point sur leur santé physique (1 heure avec un médecin) et sur leurs préoccupations psycho-sociales (1 heure avec une psychologue). Ce temps d’évaluation et de synthèse leur permet de prendre conscience de l’importance de garder un temps régulier et suffisant pour eux en fonction des risques identifiés pendant le bilan. Il permet aussi de les faire bénéficier d’un temps de parole avec un psychologue pour peu à peu déculpabiliser et accepter de prendre soin d’eux-mêmes. Après 2 à 3 séances, ils commencent à l’envisager et à s’organiser. Ils s’inscrivent alors aux ateliers en commençant souvent par ceux sur la gestion du stress type qi gong, sophrologie ou rigologie pour se tourner ensuite vers leurs enjeux de santé personnels et s’orienter vers des activités mémoire, nutrition, audition, équilibre...

Dans un second temps, un atelier spécifique peut être proposé à ceux qui accompagnent un proche atteint de troubles cognitifs. L’objectif est de favoriser l’adaptation à la maladie et d’en éviter les complications pour le malade lui-même, mais aussi pour le proche. « Bien vivre malgré une maladie d’Alzheimer (ou apparentée) » : tel est le nom de l’atelier, constitué de 8 séances animées par une équipe pluridisciplinaire composée d’un médecin, d’un psychologue, d’un ergothérapeute, d’un diététicien et d’une assistante sociale. 


Quels sont, selon vous, les bénéfices pour les aidants ? Dans leur vie quotidienne ? 

Les aidants vont mieux, donc les proches malades aussi - car ces derniers sont très sensibles au stress de leur environnement. Ils ne culpabilisent plus, ou moins, et acceptent des relais professionnels à domicile qui leur permettent de se libérer du temps, de laisser leur proche aux mains de quelqu’un d’autre. Ils arrivent à nouveau à se projeter, à faire des projets ensemble, à vivre en s’adaptant au handicap et en arrivant à prendre de la distance. 

Les maladies neuro-dégénératives ont une espérance de vie de 10 ans en moyenne. Notre objectif ? Apporter notre contribution pour que ces années soient réellement des moments de vie et non un temps qui laisse la maladie envahir tout l’espace. Les plus grands bénéfices ? Un changement de regard et un nouvel équilibre. 


En résumé, quel est, selon vous, l’impact d’une telle action ?

L’impact est excellent pour le couple aidant-aidé : moins de stress, une adaptation au handicap - notamment dans la façon de communiquer et d’anticiper -, moins d’hospitalisation pour l’aidant mais aussi pour le proche. Le maintien à domicile est favorisé ou l’entrée en établissement préparée et acceptée car à un stade avancé de la maladie, l’arrivée en maison de retraite permet parfois une sécurité et un confort qu’il n’est plus possible d’obtenir à domicile. Pour que chacun vive mieux au quotidien.

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